Cette estampe met en scène la nue, créature fantastique issue du monde des Yôkai, cet univers peuplé d’esprits, de monstres et de fantômes qui nourrit l’imaginaire japonais.
Le titre de la série, inscrit dans le cartouche en haut à gauche, E-kyôdai, que l’on peut traduire par « images sœurs », évoque une idée de parenté ou de correspondance entre les scènes représentées. À travers cette série, Kitagawa Utamaro explore en effet un jeu de miroirs entre deux situations.
Ici, un jeune garçon vient de capturer un rat dont la queue dépasse encore du piège. Cette scène du quotidien fait écho à celle de deux samouraïs qui maîtrisent une créature nuisible à longue queue, probablement une allusion à une légende bien connue du public japonais du 18ème siècle. La composition souligne cette analogie jusque dans les détails : l’un des samouraïs brandit une torche, tandis qu’une jeune femme éclaire la scène d’une simple flammèche.
Par ce rapprochement, Utamaro recourt à un procédé subtil, proche de la parodie, fréquemment utilisé dans l’art de l’estampe japonaise : confronter une scène familière, presque triviale, à un sujet plus noble, issu de l’histoire ou de la mythologie. Ce jeu d’échos, à la fois érudit et empreint d’humour, séduisait particulièrement la clientèle bourgeoise et commerçante à laquelle s’adressaient les éditeurs d’estampes.
Des exemplaires sont conservés dans des musées américains (Portland et New-York) mais également à Varsovie.
Kitagawa Utamaro (1753-1806) est l’un des grands maîtres de l’estampe japonaise de l’époque Edo (18ème siècle). Célèbre pour ses portraits de femmes (bijin-ga), à travers des compositions élégantes et épurées, il parvient à saisir des expressions subtiles, des gestes délicats et des instants de vie intime. Son œuvre se distingue par une grande finesse de trait et une attention portée aux détails du quotidien.
Très apprécié de son vivant, il a marqué l’histoire de l’ukiyo-e et influencé de nombreux artistes, au Japon comme en Europe, notamment lors de la découverte de l’art japonais au 19ème siècle. Aujourd’hui encore, ses estampes comptent parmi les œuvres les plus emblématiques et les plus recherchées de l’art japonais.